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Compte-rendu de : Umar Timol, La Parole Testament suivi de Chimie, Paris, L’Harmattan, 2003.

 

En ces temps de prolifération éditoriale, il faut avertir les amateurs de poésie et tous ceux qui ont l’ambition de ne pas rester limités à une réflexion hexagonale de ne manquer à aucun prix ce remarquable petit recueil. Son auteur est un jeune Mauricien d’origine indienne et de langues créole, anglaise , arabe, et française, qui vit au carrefour de ces langues et des systèmes qui y sont associés , et choisit d’exprimer ce vécu violent et passionné de métissage dans la langue française. Il s’empare donc d’elle, et lui dit « je te décolonise et te diversalise ». Il en résulte une poésie fougueuse, dense où les courts vers libres laissent s’épanouir les mots rares ou reconstruits . Il verbalise les substantifs, ce qui donne « tu feu d’artifice de rire » (p.38) ou « je contorsionne grammaire perverse » (p.42) , « j’écorce ta pudeur » (p.50). D’autres textes, au contraire, s’écoulent en prose comme des flots , rythmés par des anaphores , les phrases courtes fonctionnant comme des tentatives d’arriver ultimement à un aveu destiné à la femme, la mère, la langue, l’île. L’écriture d’Umar Timol n’est jamais pure esthétique, elle est »échos de lave » , ivresse, « la parole est impérieuse », elle veut « dissoudre l’indiscible » (p.19) , car « les mots sont démunis. Mais le seul recours » (p.75). Ces mots enfiévrés nous portent alternativement dans les extases de l’amour et les révoltes devant les contradictions dans lesquelles est prise la belle île Maurice dont « les métissages safranent le sol » (p.74). Les aveux de jaillissements ne doivent pas nous faire oublier le travail formidable exercé sur la langue toujours complètement maîtrisée. Point d’exotisme ici, mais une véritable appropriation de la langue pour une renaissance audacieuse et fructueuse et une écriture personnelle . Nous sommes au bénéfice de ce poète insulaire qui vit « entre la langue-matrice et la langue maîtresse ». Oui, le français est bien vivant au-delà des mers, il appartient à ceux qui le façonnent ainsi.

 

 

 

Dominique Ranaivoson ( Université de Paris ) in Bulletin Critique du Livre Français.

 

Cet article a été reproduit avec l’aimable autorisation de Dominique Ranaivoson et du Bulletin critique du Livre Français.